Lors de notre dernier webinaire, des experts du Groupe ADP, du Crédit Agricole et de RaiseSherpas ont partagé leur point de vue sur la gestion de portefeuille de startups. Ne manquez pas le replay de cet échange !
Je regarde le replay

Comment l’écomobilité rend les villes plus saines

By Margaux Cervatius - 23 février 2021

En Europe, les transports sont la première source d’émissions de carbone. Ils représentent 27 % du total des émissions de l’Union européenne et 45 % de ces émissions proviennent des voitures. La prise de conscience de l’impact environnemental des transports a poussé les pouvoirs publics à accélérer la transition vers l’écomobilité. Le Pacte vert pour l’Europe prévoit de réduire les émissions du secteur des transports de 90 % d’ici 2050. En France, la loi d’orientation des mobilités vise à rendre les transports du quotidien plus faciles, moins coûteux et plus propres.

Face à ces initiatives gouvernementales et à une conscience écologique accrue, un écosystème innovant de l’écomobilité a vu le jour. L’écomobilité peut en effet répondre à des enjeux environnementaux et sanitaires.

Lutter contre la pollution atmosphérique et sonore

Hormis chez une poignée d’irréductibles climatosceptiques, il est aujourd’hui majoritairement admis que les transports jouent un rôle néfaste sur l’environnement. Les transports – routier, ferroviaire, aérien et maritime – représentent un quart des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’UE. Il s’agit également du seul secteur qui a vu ses émissions augmenter depuis 1990.

Le transport routier demeure le principal responsable de ces émissions, à hauteur de 77 %. En France, il a émis à lui seul 121 millions de tonnes de CO2 en 2018.

La ville de Shanghaï plongée dans un nuage de pollution

Un enjeu de santé publique

En plus de l’environnement, la santé est affectée par ces émissions de GES. Les particules fines causent des maladies respiratoires et cardiovasculaires. La pollution de l’air serait ainsi responsable de près de 800 000 morts par an en Europe et 8,8 millions dans le monde. En 2019, en France, un décès sur 1 000 était attribuable à la mauvaise qualité de l’air. Au Royaume-Uni, en décembre 2020, la justice a reconnu pour la première fois le rôle de la pollution de l’air dans un décès.

Des chercheurs se sont récemment intéressés aux décès prématurés dus aux particules fines (PM2,5) et au dioxyde d’azote (NO2). Selon cette étude, réduire la pollution de l’air aux niveaux recommandés par l’OMS permettrait d’éviter 51 213 décès par an dans les villes européennes.

De plus, une étude récente suggère que les particules fines d’origine naturelles ou anthropiques véhiculeraient les virus, dont le SARS-CoV-2. Les chercheurs ont observé plusieurs cas démontrant une corrélation entre des pics de pollution et une soudaine diffusion de la covid-19.

Enfin, la pollution sonore menace également la santé humaine. Un Européen sur quatre serait exposé à des niveaux sonores supérieurs à 55 décibels en moyenne à cause de la circulation routière. Cette pollution sonore serait responsable de troubles du sommeil pour 8 millions d’Européens, de 43 000 admissions à l’hôpital et d’au moins 10 000 décès prématurés.

Vers des modes de transport plus propres

Afin de préserver l’environnement et la santé publique, les pouvoirs publics cherchent à déployer des moyens de transport plus propres. De nombreux pays souhaitent, à terme, interdire les véhicules thermiques. En France, l’Assemblée nationale a voté la fin de la commercialisation des véhicules à moteur essence, diesel ou fonctionnant au gaz naturel en 2040.

Source : ADEME

La fin des carburants fossiles ?

Des scientifiques ont mis au point des biocarburants pour réduire l’utilisation de carburants fossiles. Ces biocarburants sont produits à partir de la biomasse (bois, céréales, déchets agricoles…). Ils sont encore souvent mélangés à de l’essence ou du diesel. Mais à terme les experts souhaiteraient développer des carburants entièrement de synthèse.

L’hydrogène peut également être une alternative aux carburants fossiles. De plus en plus d’acteurs cherchent à utiliser des véhicules alimentés à l’hydrogène (de préférence vert, via l’électrolyse et les énergies renouvelables). Transport for London a annoncé en 2019 avoir commandé vingt bus à deux étages fonctionnant à l’hydrogène. Ces bus viendront s’ajouter à la flotte de bus à faibles émissions de la ville (bus hybrides, électriques et à hydrogène).

De son côté, la voiture électrique n’émet ni CO2, ni particules lorsqu’elle circule. De plus, elle peut être rechargée grâce à de l’énergie verte. En 2020, il s’est vendu plus d’un million de voitures 100 % électriques en Europe de l’Ouest, dont près de 150 000 en France. Cela représente 10,3 % des ventes de voitures neuves dans l’Hexagone.

La voie de la mobilité douce

Toutefois, la voiture pourrait facilement être remplacée par des solutions de mobilité douce. En effet, 50 % des trajets effectués en France sont courts (moins de 5 kilomètres) et en ville. La trottinette électrique a enregistré une croissance de 105 % sur l’année 2019. Cette tendance devrait se poursuivre suite à la pandémie de covid-19. Les usagers évitent les transports en commun pour se tourner vers la trottinette ou le vélo. Selon Cenex, l’utilisation des trottinettes électriques pour le dernier et le premier kilomètre d’un trajet pourrait réduire les émissions de CO2 de 66 à 90 %. Rouler à vélo permettrait d’économiser 650 kg de CO2 par personne par an, selon l’ADEME.

Adapter les territoires à l’écomobilité

Ces nouvelles formes de mobilité requièrent cependant le déploiement d’infrastructures adaptées. Afin d’inciter les usagers à utiliser le vélo ou la trottinette, il faut aménager le territoire :

  • pistes cyclables,
  • garages à vélos à l’abord des gares,
  • stationnement des trottinettes en ville…

De plus, l’écomobilité ne pourra pas se développer sans un réseau de points de recharge répartis sur tout le territoire. Le gouvernement français vise 100 000 bornes ouvertes au public fin 2021, soit trois fois plus qu’en 2020.

Ce maillage du territoire peut se faire avec l’aide de startups. Elles sont nombreuses à développer des solutions de gestion de points de recharge, à l’instar de Freshmile. De son côté, la startup allemande GreenPack, notée par Early Metrics, propose de louer des batteries pour les scooters ou véhicules électriques légers. Grâce à une application, les conducteurs peuvent localiser les stations de recharge à proximité, réserver une batterie et aller la changer en moins d’une minute.

Les stations de recharge et d’échange de batteries de GreenPack (Source : Swobbee)

De nouvelles technologies au service d’une mobilité urbaine efficace

Les acteurs de l’écomobilité développent également des outils de MaaS (Mobility as a service) qui visent à rendre l’accès aux transports plus efficace et flexible. Cela permet de réduire les embouteillages, les retards ou encore les accidents.

D’après le Baromètre des Mobilités du quotidien de 2019, 64 % des Français utilisent un seul mode de transport sur la majorité de leurs déplacements, la voiture dans 82 % des cas. Les solutions MaaS peuvent aider à promouvoir l’intermodalité des trajets urbains. C’est par exemple la volonté de Nextérité, une startup notée par Early Metrics. Son application ViaFacil calcule les itinéraires multimodaux optimaux (transport public, voiture, vélo, marche…). Elle fournit également des informations en temps réel sur les conditions de circulation et d’environnement à partir de données officielles et collaboratives.

Les embouteillages sont une cause importante de pollution. À Paris, un automobiliste passe en moyenne 163 heures par an dans les embouteillages pour un trajet quotidien de 30 minutes. Des outils logiciels couplés à des caméras ou capteurs connectés peuvent alors analyser les flux de mobilité pour les fluidifier. Les conducteurs ont accès aux informations en temps réel sur une application mobile pour optimiser leur trajet.

Les villes déploient également des outils de signalétique intelligente afin d’informer les usagers en temps réel. Des panneaux dynamiques peuvent par exemple guider les conducteurs vers des places de stationnement libres afin d’éviter les embouteillages.

Enfin, plusieurs plateformes sont apparues pour faciliter le covoiturage afin de réduire le nombre de voitures en circulation. Klaxit, qui se place dans le top 10 % des startups notées par Early Metrics, développe une plateforme de covoiturage courte distance travail-domicile. L’application permet ainsi à un collaborateur de trouver un collègue effectuant le même trajet quotidien.

Repenser la mobilité

L’écomobilité repose sur l’accès à des modes de transports propres ainsi que sur des infrastructures urbaines efficaces. Les startups de l’écomobilité sont des acteurs clés pour permettre la réduction du trafic routier, et donc des émissions de GES et de la pollution sonore en ville. Ces acteurs innovants peuvent aider les territoires à atteindre les objectifs environnementaux fixés par l’UE. Ces objectifs sont d’autant plus importants que la pandémie de covid-19 a poussé les acteurs et les usagers à repenser la mobilité. Ensemble, ils souhaitent construire un nouveau modèle, plus sain et plus respectueux de l’environnement.  

Sur le même thème

Tous nos articles