Déballage des tendances innovantes en matière d’emballage

By Katerina Mansour - 20 août 2020

Traduit de l’anglais par Julie Durban

 

Il n’est pas rare de voir des pans entiers de notre vie quotidienne réorganisés et transformés par les avancées numériques : assistants personnels, paiement par téléphone sans contact, magasins robotisés, expériences de shopping personnalisées et multi-canal… les exemples ne manquent pas.

L’emballage fait partie de ces éléments omniprésents de notre vie, auxquels nous ne prêtons pas toujours beaucoup d’attention, mais qui sont également transformés et réorientés par les nouvelles technologies. Découvrez les trois tendances clés en matière d’emballage au sein desquelles les entreprises, les startups et les gouvernements investissent actuellement leur temps et leur argent.

 

L’emballage durable

L’emballage durable est devenu une priorité pour bon nombre d’entreprises dans le monde entier, et incarne sans doute l’une des plus grandes tendances en matière d’emballage dans tous les secteurs. Le marché mondial de l’emballage écologique devrait représenter 238 milliards de dollars d’ici 2024. De nombreuses startups prennent les devants et deviennent pionnières du développement et de l’utilisation d’alternatives aux plastiques à usage unique. Au-delà de leurs effets sur l’environnement, les déchets d’emballages plastiques représentent, selon les estimations, une perte de 80 à 120 milliards de dollars par an pour l’économie mondiale. Au sein de cette tendance, plusieurs pôles ont vu le jour comme les emballages comestibles, les conteneurs réutilisables, les matériaux fabriqués à partir de bois, de canne à sucre ou encore de déchets réutilisés.

Le réemploi et la reconversion des emballages aident les entreprises à améliorer leurs résultats financiers tout en réduisant la quantité de déchets polluants, que ce soit dans nos océans ou nos décharges. C’est pourquoi de grandes entreprises comme Kellogg’s ont annoncé leur intention de passer à des emballages 100 % réutilisables, recyclables ou compostables d’ici fin 2025. Les investissements ont également reflété le fort intérêt des entreprises et des fonds de VC pour les alternatives durables. Crunchbase a récemment indiqué que les startups de l’éco-emballage ont atteint des chiffres records : Sulapac (alternative en plastique biodégradable) a levé un total de 21 millions de dollars, TemperPack (isolation sans polystyrène expansé pour l’emballage) a levé un total de 33 millions de dollars et Genomatica (procédés de fabrication biologique pour produire des produits chimiques) a levé un total de 220 millions de dollars. Les gouvernements ont également montré leur soutien : en 2018, le Royaume-Uni a investi 60 millions de livres sterling par le biais de UK Research and Innovate, pour financer des solutions technologiques visant à réduire les déchets plastiques, en passant entre autres par le prisme des emballages.

Parmi les nombreuses startups notées par Early Metrics qui développent des matériaux innovants et des solutions exclusives, Notpla révolutionne l’emballage pour de nombreuses industries. Le produit de la startup, appelé Ooho, est fabriqué à partir d’algues et de plantes. Il est comestible et s’il n’est pas ingéré, il se biodégrade en 4 à 6 semaines. Ces petits sachets peuvent être utilisés dans l’industrie des boissons et de l’alimentation, mais aussi dans d’autres secteurs tels que la beauté et les cosmétiques. Certains pourraient se demander si ce type de solutions durables seraient capables de s’adapter facilement au milieu du luxe. La marque The Glenlivet, détenue par Pernod Ricard, apporte une réponse sans détour. Elle a lancé en 2019 un cocktail de whisky en édition limitée conditionné dans des capsules Ooho de Notpla, qui est devenu viral.

 

notpla

Illustration : Notpla

 

Parmi les autres exemples d’emballages durables innovants, peuvent être citées les entreprises qui utilisent des matériaux de substitution. A titre d’exemple, Lactips produit un polymère fabriqué à partir de protéines du lait. Cette alternative au plastique est soluble dans l’eau, biodégradable et comestible. La startup a commencé par exploiter sa solution pour les emballages de capsules de lave-vaisselle et pour la lessive. Lyspackaging, autre startup notée par Early Metrics, développe un matériau similaire au plastique à partir d’un sous-produit de la canne à sucre à destination des emballages et des bouteilles. La startup transforme la bagasse, le résidu fibreux séché laissé après l’extraction du jus de la canne à sucre, en granulés grâce à un procédé breveté pour obtenir un matériau aux propriétés de fabrication et d’utilisation similaires à celles du plastique, mais qui reste entièrement d’origine végétale, biodégradable et compostable.

 

L’emballage intelligent

L’emballage intelligent se présente désormais comme une tendance aux nombreux cas d’usage. Son but est de multiplier les différentes utilisations et fonctions que les emballages peuvent couvrir. Ces applications peuvent aller du contrôle de la température des denrées alimentaires expédiées à la mesure de l’engagement des clients par le biais du contenu consommé sur les emballages via des codes QR.

Inuru, startup classée dans le top 5 % des startups notées par Early Metrics, se distingue par son offre unique d’emballages intelligents axéé sur des objectifs marketing. La technologie de l’encre de la startup permet d’imprimer des diodes électroluminescentes organiques (OLED) sur les emballages et supports marketing. Cette technologie a été utilisée par Coca-Cola Singapour pour une campagne autour de Star Wars : lorsqu’un consommateur prenait une bouteille, le sabre laser du personnage s’allumait. Ce procédé a permis de faire ressortir les bouteilles et de créer une expérience client mémorable.

 

inuru coca cola smart packaging

Photo : Inuru / Coca-Cola Singapore

 

Arilyn, classée dans le top 10 % des startups les mieux notées, offre aux entreprises la possibilité d’incorporer du contenu de réalité augmentée (AR) dans leur emballage. La startup a déjà travaillé avec Tere, une entreprise laitière estonienne, pour stimuler les ventes en mettant en avant les concurrents de l’Eurovision sur chaque bouteille. Les utilisateurs pouvaient scanner un code-barres et visualiser les rendus holographiques des participants se produire devant eux. Arilyn a également signé un partenariat avec la société canadienne CCL Label qui souhaite exploiter sa technologie d’immersion AR et VR pour ses emballages connectés.

Les emballages intelligents sont également de plus en plus utilisés à des fins de santé et de remise en forme. Les bouteilles intelligentes, telles que celles développées par Water.io, aident les consommateurs à suivre la quantité d’eau qu’ils consomment et à rester hydratés grâce à des rappels reçus par le biais d’une application. L’entreprise a également appliqué sa technologie aux flacons de vitamines, en fournissant des rappels et en les rachetant en un clic.

 

L’emballage antimicrobien

Le Covid-19 est sans aucun doute en train d’avoir un impact significatif sur l’emballage dans toutes les industries, du secteur pharmaceutique aux cosmétiques. Au-delà de la recherche de solutions appropriées pour désinfecter leurs magasins et leurs lieux de travail, les entreprises qui fabriquent et/ou vendent des produits de consommation pourraient tirer profit du développement de produits sans contact ou de l’utilisation de technologies antimicrobiennes pour leurs emballages.

Les matériaux dotés de propriétés antimicrobiennes et antivirales peuvent contribuer à apaiser les inquiétudes des consommateurs quant à la capacité du virus à survivre sur les surfaces et à s’y propager. Les emballages de produits de beauté sont particulièrement préoccupants pour les consommateurs, car leur routine quotidienne de soins peut les amener à toucher plusieurs produits différents juste avant de se toucher le visage. L’industrie alimentaire est également concernée étant donné que les consommateurs s’inquiètent de l’exposition au virus lorsqu’ils préparent leurs repas ou déchargent leurs courses, ce qui implique de toucher divers emballages et contenants.

Toutefois, la pandémie de Covid-19 a incité beaucoup de personnes à reconsidérer la place de la durabilité au profit d’emballages jetables prétendument plus hygiéniques. En effet, une augmentation des déchets ménagers a été constatée dans certains pays et de nombreuses entreprises, notamment dans le secteur alimentaire, sont revenues aux emballages à usage unique pour éviter la propagation du virus (les gobelets réutilisables ne sont plus autorisés chez Starbucks, par exemple). On peut sans doute voir là une raison supplémentaire pour que les innovations antimicrobiennes se déploient et sortent les entreprises de cette impasse. Elles rendraient plus sûre la réutilisation des emballages et permettraient de ne pas abandonner les efforts de durabilité.

Muse Wearables a mis au point plusieurs solutions liées au Covid-19, notamment un agent antiviral qui peut être appliqué sur les tissus pour inactiver le virus. Cette couche pourrait être appliquée sur les masques, les emballages alimentaires et les équipements de protection individuelle. Par ailleurs, Symphony Environmental Technologies a récemment reçu l’approbation de la FDA pour que sa technologie antimicrobienne puisse être utilisée sur les emballages alimentaires en plastique, notamment pour le pain. L’intérêt des entreprises pour ce type de solutions s’illustre également par le récent accord de PepsiCo avec Parx Materials, une startup développant des polymères aux propriétés antimicrobiennes, pour travailler sur une solution de réduction microbiologique des plastiques à haute performance.

 

De manière générale, il sera intéressant de voir comment ces trois tendances continueront d’évoluer et éventuellement d’interagir entre elles. On peut se demander quelle sera l’importance de l’impact du Covid-19 sur la croissance et l’utilisation continue des emballages durables, si les emballages intelligents pourraient être intégrés dans les efforts liés au Covid-19, et si les matériaux ou produits antimicrobiens continueront à voir leur taux d’adoption augmenter dans tous les secteurs.

 

 

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