GovTech : comment l’Etat tire-t-il parti de l’innovation pour protéger les citoyens ?

By Julie Durban - 18 novembre 2020

Les startups de la GovTech rassemblent les initiatives innovantes au service de la collectivité et de l’espace public. Aujourd’hui, plus de 10 000 startups créent des produits ou services à destination de la sphère publique afin de mieux servir ou protéger les citoyens. 

De quoi traite la GovTech ? 

Dans le domaine de l’innovation appliquée au service public, il y a moins de GovTech que de startups avec une orientation B2G. Dans la GovTech, le gouvernement est au centre. Elle ne doit donc pas être confondue avec la CivicTech qui a pour bénéficiaires directs les citoyens et traite des enjeux de démocratie participative et digitale. La GovTech est orientée opérations et recherche d’efficacité. Elle fournit des services aux citoyens et est pour ainsi dire le système d’exploitation, l’OS du gouvernement. 

Plusieurs domaines sont adressés par la GovTech, à savoir la mobilité, la santé publique, l’éducation ou encore la sécurité. C’est ce dernier segment qui nous intéresse ici, que ce soit pour ses enjeux de protection du citoyen mais aussi de surveillance des espaces publics. Comment protéger les citoyens sans entraver leurs libertés individuelles ? L’Etat va aller chercher des éléments de réponse auprès de startups innovantes.

Une ambition au service du bien commun

La vocation de la GovTech est d’améliorer l’action publique et de créer les services publics de demain. Au sein de cet écosystème, le numérique se fait la clef de voûte du changement dans la façon qu’a l’Etat d’interagir avec ses citoyens et de fournir ses services publics. A première vue, les startups et l’Etat semblent incarner deux mondes à deux vitesses, peu destinés à se rencontrer mais dont le dialogue est indispensable pour penser les besoins d’innovation et de transformation de l’espace public. 

Conscient de cette différence, l’Etat va investir dans des startups pour améliorer le quotidien et la sécurité des citoyens. Le marché de la GovTech s’estime à 16 milliards d’euros en France en 2019. En 2024, il pourrait représenter jusqu’à 20 milliards d’euros (source : étude GovTech en France, Rolan Berger). 

Porter secours par l’innovation

L’un des enjeux de la GovTech est de protéger les citoyens et d’assurer leur sécurité. Il s’agit donc pour l’Etat de miser sur l’innovation pour augmenter ses capacités de secours. Les perspectives de croissance pour les startups qui opèrent dans le secteur de la sécurité sont favorables, en attestent les 83 M€ levés par des jeunes pousses dans le domaine en 2019. 

L’un des leviers les plus exploités concernant la sécurité citoyenne est celui des dispositifs participatifs. Des applications développées par des startups vont permettre aux citoyens d’alerter d’un danger en temps réel. Ainsi les forces de police ou de secours concernées peuvent être mobilisées en un temps record. 

Intervenir au bon moment

D’autres startups vont s’adresser aux métiers soumis à l’astreinte comme les pompiers, la police ou le SAMU. C’est le cas d’AUM Biosync, notée par Early Metrics. La startup développe des solutions logicielles pour accompagner les professions exposées à la désynchronisation biologique. Ces solutions s’adressent à la fois aux pompiers, leur indiquant la probabilité d’être mobilisés, mais aussi aux services de secours. Pour ces derniers, elle fournit des outils de simulations pour déterminer la répartition idéale des effectifs et des véhicules, ou l’adéquation d’un profil avec le poste. Ainsi les temps d’intervention sont optimisés. Cela permet aux métiers exposés de conserver un équilibre entre leurs périodes d’activité et de repos. 

L’application Permis de Sauver est utilisée par le Service départemental d’incendie et de secours de l’île de la Réunion

Côté citoyens, Permis de Sauver (notée par Early Metrics) a pour vocation d’optimiser les ressources disponibles en cas de danger. L’application mobile de la startup permet de géolocaliser un réseau de secouristes volontaires pour appuyer la chaîne de secours classique. Elle permet aux opérateurs de centres d’appel d’urgence de prévenir des citoyens sauveteurs à proximité. Les opérateurs peuvent ensuite les guider via un chat et des photos/vidéos. L’application offre aussi la géolocalisation de défibrillateurs à proximité de l’utilisateur.

Dans la même veine, Keyclic, classée dans le top 16% des startups notées, édite une application qui permet la remontée d’informations dans un espace public ou privé. Cette application collaborative donne une voix aux citoyens qui peuvent signaler en temps réel un dysfonctionnement. L’information est ensuite automatiquement remontée aux opérateurs chargés de le résoudre. La startup s’inscrit dans une volonté d’amélioration de la sécurité des citoyens et de leur qualité de vie.

Protéger ou surveiller les citoyens

La question de la surveillance émerge nécessairement lorsqu’il s’agit d’employer certaines technologies au sein de l’espace public. Drones et caméras écopent d’une mauvaise réputation lorsqu’il s’agit de capturer des images des citoyens à leur insu. La dérive orwellienne peut sembler n’être plus qu’au coin de la rue. Que deviennent les données récoltées, à quelles fins sont-elles utilisées, ma vie privée est-elle protégée ? Autant de questions que se pose un citoyen avant d’accepter d’être tracé via une application ou une caméra à reconnaissance faciale. Nombreuses sont celles qui vont miser sur la détection des émotions pour mieux comprendre le comportement des clients, avec une visée marketing. Néanmoins, les technologies d’observation peuvent être une mine d’or pour protéger l’espace public. 

C’est, en tous cas, l’ambition de Delair, qui fait partie du top 20% des startups notées par Early Metrics. Delair fabrique des drones professionnels opérables sur de longues distances et hors vue. Ces drones sont équipés de caméras ou de capteurs LiDAR et couplés à une plateforme SaaS d’analyse des images. Les solutions développées par la startup permettent ainsi de répondre à des enjeux de cartographie, d’inspection, de surveillance et de sécurité via des tableaux de bord analytiques. 

De manière plus concrète, les drones de Delair peuvent aider les pompiers à lutter contre les risques d’incendie par exemple. Les caméras thermiques des drones peuvent signaler une reprise de feu et faciliter la prise de décision des pompiers. Ces caméras suscitent actuellement de l’intérêt pour la détection de la fièvre, information exploitable pour le dépistage de la Covid-19. 

Changer son fusil d’épaule

Il arrive parfois qu’une startup passe du privé au public, qu’elle s’adapte à une demande. Cela a été le cas pour R-Pur, par exemple. Initialement, la startup développait des masques anti-pollution liés à une application mobile. Ceux-ci étaient destinés aux usagers urbains et aux utilisateurs de vélos, scooters ou motos. Sa technologie permet de filtrer les particules toxiques, les particules fines, les pollens, les allergènes et les bactéries.

Lors de la crise Covid-19, la startup a fourni des masques FFP2 et chirurgicaux aux professionnels de la santé et aux emplois à risque. R-Pur suscite aussi l’intérêt de l’armée française, des forces spéciales et des pompiers. En effet, sa nano-filtration semblerait être dix fois plus efficace que la plus haute norme européenne actuellement en place. 

Initialement pensés pour les usagers urbains, les masques R-Pur attirent maintenant l’attention des forces spéciales et des pompiers

Aujourd’hui, la GovTech fait face à des problèmes d’identification dans l’espace public, d’autant plus en période de crise sanitaire et dans un monde où la menace terroriste n’est pas à exclure. Dans cette dynamique, Faception, notée par Early Metrics, développe une solution d’intelligence artificielle capable d’associer des caractéristiques faciales à des caractéristiques comportementales. La startup est ainsi en mesure d’identifier les profils de risque (terroristes, pédophiles, etc.) à partir d’analyses de flux vidéo ou de photographies. 

Si l’on élargit le cadre de la GovTech, on peut également affirmer que la sécurité est un enjeu clé du monde digital. La recrudescence des cyber-attaques, l’intensification des réglementations et surtout la volonté de fluidifier le parcours client, pousse les acteurs du digital à identifier des solutions d’authentification rapides et efficaces. 

Tous nos articles