Lors de notre dernier webinaire, des experts du Groupe ADP, du Crédit Agricole et de RaiseSherpas ont partagé leur point de vue sur la gestion de portefeuille de startups. Ne manquez pas le replay de cet échange !
Je regarde le replay

Notation ESG : comment mesurer l’impact environnemental et social d’une entreprise ?

By Katerina Mansour - 07 janvier 2021

Les investisseurs et les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l’impact social et environnemental des entreprises. Mais mesurer cet impact est loin d’être simple. Coup d’œil sur les différentes méthodologies de notation ESG développées par Early Metrics et autres institutions.

La politique ESG (pour critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) a commencé en 2004, avec un appel à l’action de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Kofi Annan a écrit à plus de 50 PDG de grandes institutions financières pour les inviter à participer à une initiative commune visant à intégrer les questions ESG dans les marchés de capitaux, dans le cadre du Pacte mondial des Nations unies.

Depuis lors, l’investissement ESG a gagné de l’importance dans le monde entier qui s’est traduite par une sensibilisation accrue et des taux d’adoption plus élevés. Selon Deloitte, le pourcentage d’investisseurs particuliers et institutionnels qui appliquent les principes ESG à au moins un quart de leurs portefeuilles est passé de 48 % en 2017 à 75 % en 2019.

En outre, une étude américaine sur la richesse et la valeur des titres en 2018 a conclu que les nouveaux investissements dans les fonds ESG pourraient atteindre 20 000 milliards de dollars au cours des deux prochaines décennies.

En plus des preuves démontrant que les critères ESG jouent un rôle dans le succès d’une entreprise, les considérations réglementaires en sont également des forces motrices. En France, l’article 173 de la loi sur la transition énergétique exige que les investisseurs expliquent comment ils intègrent les facteurs ESG dans leurs stratégies d’investissement. Cette exigence a aidé les investisseurs à s’orienter vers une gestion de leurs actifs qui tient compte des critères ESG.

Au fil du temps, les données ont permis d’illustrer à quel point les principes ESG sont pertinents lorsqu’on tente d’évaluer le potentiel d’une entreprise. Fidelity, qui a créé son propre système de classement ESG, a pu établir une corrélation entre des classements élevés et une meilleure résilience au plus fort de la crise Covid-19. D’après les données de l’entreprise, les valeurs ayant obtenu une meilleure note ESG ont eu des performances supérieures de plus de 10 % pendant la pandémie.

Qu’est-ce que l’investissement ESG ?

Source : Profelia

Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance regroupent un ensemble d’indicateurs de performance non financiers qui incluent les questions de durabilité, d’éthique et de gouvernance d’entreprise. Parmi ces questions, peuvent être cités les efforts d’une entreprise pour améliorer son empreinte carbone ou la santé et la sécurité de ses employés.

La philosophie à l’origine des critères ESG consiste à mesurer l’effet des entreprises sur l’environnement et la société dans son ensemble et, par conséquent, la manière dont leurs politiques ESG peuvent avoir un impact sur leur propre résilience et leur rentabilité.

  • Les politiques environnementales d’une entreprise peuvent contribuer à la pollution de l’eau ou au gaspillage énergétique. Dès lors, les coûts de l’entreprise, sa réputation et sa conformité réglementaire peuvent être menacés.

  • Les politiques sociales d’une entreprise peuvent entraîner une baisse de la productivité et du moral des travailleurs, augmentant ainsi les risques de rotation du personnel ou d’absentéisme.

  • Enfin, l’enjeu de gouvernance d’une entreprise peut impliquer un manque de conformité, une détérioration des relations avec les actionnaires, un manque de diversité au sein de la direction, de la corruption et d’autres facteurs qui peuvent avoir des conséquences sur la situation financière ou la réputation d’une entreprise.

Dans cette optique, les investisseurs ont constaté qu’au-delà des indicateurs financiers, le succès et la longévité d’une entreprise sur le marché sont de plus en plus liés aux critères ESG. Bien entendu, ces principes ESG ne sont qu’un des nombreux indicateurs dont les investisseurs tiendront compte dans leur processus décisionnel.

Atouts et enjeux des notations et des investissements ESG

Alors qu’on pourrait s’attendre à ce qu’il s’agisse d’exceptions, la plupart des investisseurs et des entreprises n’adhèrent pas aux principes ESG uniquement pour des raisons purement altruistes. Le principal avantage pour les investisseurs est d’améliorer les caractéristiques risque-rendement de leur portefeuille.

Pour les entreprises, les avantages vont de l’amélioration de leur réputation à une plus grande fidélité à la marque, en passant par un meilleur positionnement concurrentiel, une réduction des coûts et une augmentation des chances d’investissement.

Outre ces avantages pragmatiques, les entreprises peuvent également utiliser les principes ESG comme un moyen de faire adhérer leurs équipes à ces valeurs et convictions. Ainsi, qu’elles le veuillent ou non, les entreprises dotées de politiques ESG réellement efficaces peuvent contribuer à améliorer l’environnement et la société dans leur ensemble.

L’absence de normes claires et les différences significatives dans les données collectées constituent des enjeux majeurs concernant les notations ESG. Différentes entreprises obtiendront différentes notes selon leur analyse et leur interprétation des informations recueillies. La qualité des informations recueillies ou fournies constitue également un défi important susceptible d’affecter les résultats de la notation.

Au-delà des questions de qualité des données, se pose la question de leur véracité. En ce qui concerne les critères environnementaux, le greenwashing est aujourd’hui une problématique majeure qui traverse toutes les industries. De nombreuses entreprises font des déclarations fausses ou trompeuses concernant leur politique environnementale, ou se réclament de gestes souvent vides de sens qui n’ont finalement que peu ou pas d’impact. La compensation des émissions carbone, qui a été au centre de la controverse et du débat, en est un exemple.

Un autre enjeu qui mérite d’être souligné est le fait que, lors de l’évaluation de l’impact ESG des entreprises, il est peu probable qu’une approche unique donne des résultats fiables. Une startup ne disposera pas des mêmes ressources pour mettre en place les mêmes stratégies ESG que les grandes entreprises. Une enquête menée auprès de 500 startups a montré que 37 % des entrepreneurs ont déclaré qu’il était trop tôt pour eux de mettre en place des politiques ESG et 20 % ont déclaré que les investisseurs ne s’en souciaient guère. Bien que les startups soient loin d’être exemptées de ces critères, les notations ESG doivent être suffisamment adaptables pour éviter que les startups ne soient jugées injustement par rapport aux grandes entreprises.

Comment noter les critères ESG ?

Les performances ESG d’une entreprise peuvent être mesurées de différentes manières puisqu’il n’existe pas de norme arrêtée sur le marché aujourd’hui.

Plusieurs institutions, investisseurs et agences tierces ont développé leurs propres méthodes. Par exemple, MSCI a développé une plateforme d’IA propriétaire qui collecte et standardise des données publiques, des documents déclaratifs des entreprises et des articles de presse. Les analystes de la société suivent ensuite une méthodologie standardisée pour fournir une note d’investissement ESG allant de AAA (la plus élevée) à EEE (la plus faible).

Dans l’ensemble, même s’il n’existe pas de norme établie, la plupart des solutions existantes tendent à suivre un schéma similaire : collecte de données, analyse, conclusions, recommandations, notation. Dans la pratique, ces méthodes ont souvent recours à l’utilisation de questionnaires lors des entretiens, documentation à l’appui.

EcoVadis, une agence spécialisée dans les notations RSE/ESG, se démarque comme l’un des acteurs clés du marché qui s’attaque aujourd’hui aux évaluations ESG avec ce type de méthodologie. B Lab a développé le label B-Corp, un autre exemple d’évaluation basée sur des questionnaires. Les entreprises doivent répondre à 200 questions sur des sujets liés à la gouvernance, aux travailleurs, à la communauté, à l’environnement et aux clients. Sur la base de son score global, une entreprise peut ensuite être certifiée B-Corp. Le label B-Corp est réévalué tous les deux ans pour s’assurer qu’il reste pertinent.

Quels sont les critères et preuves pris en compte pour déterminer l’impact ESG d’une entreprise ?

Cette partie de l’équation a presque été normalisée, grâce aux recherches, aux cadres et à la documentation fournis au fil du temps. Les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, composés de 17 objectifs, 169 cibles et 232 indicateurs, constituent une ressource précieuse. Parmi les 17 objectifs, plusieurs peuvent être directement liés aux activités d’une entreprise. Le travail décent et la croissance économique, l’eau propre et l’assainissement, les villes et les communautés durables, la consommation et la production responsables et l’action en faveur du climat sont quelques-uns des objectifs auxquels les entreprises peuvent s’atteler.

De même, lors de l’évaluation d’une entreprise, les mesures qu’elle a ou n’a pas mises en place pour atteindre ces objectifs peuvent être évaluées pour déterminer son impact ESG. Les Six principes pour l’investissement responsable et les principes de l’Équateur sont également des ressources extrêmement utiles qui peuvent être exploitées pour aider à établir des questionnaires et des critères d’évaluation.

Investissements ESG par régions :

L’un des enjeux majeurs, quasiment inévitable, quel que soit le système mis en place, reste le manque de divulgation ou de transparence. Toutes les entreprises ne seront pas désireuses ou capables de fournir les mêmes niveaux de transparence concernant leurs politiques et pratiques. Si l’on considère que le classement ESG est effectué soit sur la base d’informations publiquement disponibles, soit sur la base d’informations volontairement partagées par l’entreprise elle-même, il y aura toujours un risque d’erreur.

La Global Reporting Initiative (GRI) a développé une méthodologie pour le reporting des entreprises sur les questions ESG qui vise à les aider à standardiser la manière dont elles rendent compte de leurs politiques liées à l’ESG. Cette approche permet d’améliorer la disponibilité des informations utiles. Des efforts continus restent nécessaires dans ce domaine, afin que les données clés ne soient plus aussi difficiles à recueillir et à vérifier.

Early Metrics crée une notation ESG adaptée à l’évaluation des startups

En réponse aux besoins et demandes de ses clients, Early Metrics a développé sa propre méthodologie pour mesurer l’impact ESG d’une startup ou d’une PME. En se basant sur les 17 ODD de l’ONU et les réglementations existantes, Early Metrics a conçu un ensemble de critères qui permet d’appliquer au mieux les principes ESG aux startups et aux PME.

L’une de nos principales forces vient de notre connaissance approfondie de l’écosystème startups, en plus de notre capacité à structurer et à extraire un sens des données qualitatives fournies par les entrepreneurs.

Nous nous appuyons sur un processus d’entretiens, de questionnaires et de la documentation (audits, certifications, etc.) fournis par les entrepreneurs. Ainsi, notre méthodologie établit un classement ESG allant de A à D. Le module ESG de notre processus de notation permet d’identifier les points forts et les pistes d’amélioration d’une startup.

Cette méthodologie se concentre sur les moyens réalistes et tangibles par lesquels les petites entreprises peuvent intégrer les principes ESG dans leurs activités. Elle tient compte des principales différences entre les petites entreprises et les grandes entreprises en termes de ressources, d’impact et de besoins.

En fin de compte, la prise de conscience accrue de l’impact d’une entreprise sur la société et l’environnement signifie probablement que les investissements ESG continueront à gagner en pertinence. En outre, la pandémie de Covid-19 a entraîné des contraintes budgétaires et limité le montant des fonds fournis par les investisseurs. Aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel de choisir la bonne entreprise dans laquelle investir si l’on veut que les investisseurs bénéficient d’un fort retour sur investissement. L’évaluation de l’impact ESG d’une entreprise au moyen de notations indépendantes semble être un moyen de plus en plus prometteur pour garantir la rentabilité de son investissement.

Article traduit de l’anglais par Julie Durban.

Tous nos articles