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Les taxis volants : un moyen de transport démocratique et durable ?

By Margaux Cervatius - 15 novembre 2021

Les taxis volants ont longtemps été l’apanage des films de science-fiction. Pourtant ils pourraient bien intégrer notre quotidien d’ici quelques années. Les premiers taxis volants sont attendus pour 2024 en Europe d’après l’agence européenne de la sécurité aérienne (EASA). Selon un rapport de Frost & Sullivan, leur nombre pourrait atteindre 430 000 à travers le monde d’ici 2040.

Toutefois, la technologie n’est pas encore aboutie et les taxis volants impliquent de repenser les infrastructures urbaines et la gestion des flux. Les taxis volants peuvent-ils vraiment devenir un moyen de transport démocratique ? Sont-ils compatibles avec les initiatives d’écomobilité lancées à travers le monde ?

L’innovation technologique des taxis volants

L’idée de taxis volants a été rendue possible par le développement d’avions à décollage et atterrissage verticaux (souvent mentionnés sous l’acronyme anglais VTOL). À l’origine, ces avions militaires avaient été conçus pour s’affranchir des pistes normalement nécessaires pour le décollage et l’atterrissage. Aujourd’hui, la technologie s’étend au domaine civil, et plus particulièrement à la mobilité urbaine. Ces VTOL combinent les avantages de l’hélicoptère pour le décollage et l’atterrissage et l’efficacité de l’avion pour le vol.

Un enjeu écologique

Les projets en cours visent à développer des véhicules plus écologiques. Certains, à l’instar de l’allemand Volocopter, misent sur une propulsion électrique. Son engin VoloCity est équipé de 18 moteurs et neuf batteries. Il vole à 110 km/h, à une altitude de 400 à 500 mètres et bénéficie d’une autonomie de 35 km. Il peut transporter deux personnes dont un pilote.

De son côté, la startup française Ascendance Technologies, notée par Early Metrics, développe une motorisation hybride fuel et électrique. L’avion Atea émettra ainsi 80 % moins de CO2 par rapport aux hélicoptères. À terme, la startup veut rendre sa technologie de propulsion compatible avec de nombreuses sources d’énergie, dont les carburants durables d’aviation (SAF) et les piles à hydrogène. L’appareil contiendra 4 à 5 places et aura une autonomie de 400 km.

Le VTOL développé par Ascendance Technologies

CAPS, une autre startup française notée par Early Metrics, développe un drone de transport autonome monoplace. Ce drone électrique, encore en cours de développement, permettra à un passager de se déplacer dans les airs sur de courtes distances.

Tous ces taxis volants présentent le double avantage de désengorger les villes et de réduire les temps de trajet. Par exemple, on estime qu’un trajet en taxi volant entre La Défense et l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle ne prendrait pas plus de 15 minutes, contre 40 minutes en voiture.

Les projets en cours prévoient la présence d’un pilote à bord. Toutefois, à terme, ils pourraient être pilotés à distance. Il y aurait a priori moins de risque dans les airs (pas de piétons ni de cyclistes, pas de travaux…).

Les conditions au déploiement des taxis volants

Du fait de leur forte innovation, les taxis volants ne pourront toutefois pas s’intégrer dans les villes du jour au lendemain. Leur déploiement nécessite en effet de nouvelles infrastructures spécifiques.

La construction de mini-aéroports

Tout d’abord, il faut construire des plateformes de décollage et d’atterrissage dans les centres-villes. Skyports, une startup notée par Early Metrics, développe des structures d’atterrissage pour drones et VTOL. La startup a noué des partenariats avec des acteurs clés du marché, dont Volocopter. Elle a également attiré l’intérêt d’ADP, qui a participé à sa levée de 5,35 M£ en 2019.

Urban-Air Port (marque déposée) développe ce même type d’infrastructure en mettant l’accent sur l’absence d’émissions de carbone. Elle doit lancer la construction de son premier site à Coventry cette année, avec le soutien du gouvernement britannique et en partenariat avec Hyundai Motor Group. Ses sites peuvent être installés en quelques jours, même en dehors du réseau électrique. Ils incluront des équipements pour la recharge des taxis volants.

En effet, comme plusieurs constructeurs s’orientent vers la propulsion électrique, il faudra prévoir des installations de recharge. Dans cette optique, la startup allemande Lilium a noué un partenariat avec le géant ABB. L’expertise d’ABB permettra d’intégrer un nouveau système capable de recharger complètement un Lilium Jet en seulement 30 minutes. La batterie pourra être chargée à 80 % en seulement 15 minutes.

L’intégration aux outils de mobilité

Outre les infrastructures matérielles, les taxis volants devront être pleinement intégrés aux réseaux de mobilité urbaine. Il faudra mettre en place des couloirs aériens et des arrêts précis. En France, la RATP s’est déjà positionnée sur ce segment et souhaiterait intégrer des taxis volants à son réseau d’ici quelques années. Toutefois, les premiers cas d’usage semblent être limités aux trajets interurbains entre le centre-ville et l’aéroport.

En effet, certains acteurs du transport aérien veulent mettre leur expertise au profit de ces réseaux du futur. L’aéroport de Nice a récemment annoncé le lancement d’une nouvelle entreprise avec ses homologues de Rome, Venise et Bologne. Baptisée Urban Blue, elle aura comme objectif de concevoir, construire puis gérer les infrastructures nécessaires aux taxis volants. Elle s’appuiera notamment sur un partenariat industriel avec Volocopter pour se positionner comme leader sur le segment des « vertiports ».

Les taxis volants devront également être intégrés aux différents logiciels et applications de mobilité. D’un côté, les exploitants de réseaux ont besoin d’une vue complète sur tous les moyens de transport pour gérer au mieux les flux. De l’autre, les utilisateurs sont de plus en plus friands de solutions de multi-modalité pour trouver l’itinéraire le plus rapide.

Les freins au décollage des taxis volants

Comme nous l’avons vu, ces engins innovants sont toujours en cours de développement et les infrastructures requises absentes de nos villes. Toutefois, les taxis volants doivent faire face à d’autres obstacles.

Tout d’abord, les startups ont besoin de fonds importants pour la recherche et le développement de ces taxis volants. Ces véhicules intègrent plusieurs technologies de pointe et leur production s’avère très coûteuse. Cela se ressent dans le prix de vente, trop élevé pour devenir un moyen de transport démocratique. De plus, ils ne peuvent transporter que deux à six personnes (dont le pilote) pour l’instant.

Ces taxis volants font également face à de strictes réglementations. Plusieurs jeunes entreprises de mobilité aérienne urbaine ont déjà demandé leur certification à l’AESA, mais ce processus devrait prendre quatre à cinq ans pour chaque véhicule. Les taxis volants seront vraisemblablement soumis aux mêmes normes de sécurité que les avions classiques.

Un mode de transport réellement vert ?

Enfin, l’un des principaux freins porte sur l’empreinte environnementale des taxis volants. Certes ils seront pour la plupart alimentés par des moteurs électriques, mais la production de batteries est très polluante. La construction de nouvelles infrastructures pour accueillir les taxis volants soulève également des doutes sur les bénéfices environnementaux.

Les utilisateurs s’inquiètent de l’impact des taxis volants sur l’environnement. Dans une enquête menée par l’AESE auprès de 600 habitants de six villes (Barcelone, Budapest, Hambourg, Milan, Öresund et Paris), les deux premières préoccupations portaient sur la biodiversité et la pollution sonore. Les taxis volants pourraient avoir un impact négatif sur les insectes et les oiseaux, déjà fortement malmenés dans les villes.

Les préoccupations environnementales soulevées par les taxis volants (enquête de l’EASA)

Alors que les premières expérimentations ont débuté, l’engouement autour des taxis volants se fait de plus en plus sentir. Les investisseurs suivent cette tendance de près et n’hésitent pas à mettre la main au portefeuille : Vertical Aerospace a récemment levé 205 M$ et Volocopter 200 M€ en mars dernier. Les utilisateurs aussi semblent ouverts à ce nouveau mode de mobilité. Selon une étude de l’AESE, 83 % des répondants ont un avis positif à l’égard de la mobilité aérienne urbaine et 71 % sont prêts à essayer de tels services. Toutefois, les constructeurs doivent encore franchir plusieurs obstacles, dont la réglementation. La démocratisation des taxis volants ne sera donc possible qu’avec le concours des pouvoirs publics.

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